Longtemps, la chaleur au travail relevait du « bon sens » : on ouvrait les fenêtres, on proposait un verre d’eau, et on croisait les doigts pour que l’été passe vite. Ce temps est révolu. Depuis le 1er juillet 2025, un décret encadre précisément les obligations des employeurs face aux fortes chaleurs — et en 2026, ces règles s’appliquent pleinement.
Rassurez-vous : se mettre en conformité n’a rien d’insurmontable. Le principe directeur est simple (protéger la santé de vos salariés), et la plupart des mesures relèvent de l’organisation, pas de gros investissements. Voici ce que vous devez savoir pour aborder l’été serein.
Ce que dit la réglementation depuis 2025
Le point de départ n’a pas changé : le Code du travail impose à tout employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés (article L.4121-1). La chaleur entre pleinement dans ce cadre.
La nouveauté vient du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025. Il crée dans le Code du travail un chapitre entièrement dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Concrètement, il transforme d’anciennes bonnes pratiques en obligations vérifiables par l’inspection du travail.
Point important : le décret ne fixe aucune température « couperet ». Il s’appuie sur les niveaux de vigilance météorologique de Météo-France :
- Vigilance jaune : pic de chaleur ou épisode persistant → l’employeur doit déjà agir.
- Vigilance orange : canicule → obligations renforcées.
- Vigilance rouge : canicule extrême → vigilance maximale.
Autre point à retenir : aucune entreprise n’est exclue. Le dispositif s’applique à tous les secteurs, sans seuil de surface ni d’effectif, aussi bien pour les postes extérieurs (BTP, agriculture, logistique) que pour les locaux intérieurs mal ventilés (ateliers, cuisines, entrepôts, bureaux).
La chaleur, un risque à intégrer au Document Unique
C’est sans doute l’obligation la plus structurante : la chaleur doit désormais être évaluée comme un risque professionnel à part entière et intégrée à votre Document Unique (DUERP), avec un plan d’action adapté.
En clair, il ne suffit pas d’improviser le jour où le thermomètre s’affole. Vous devez avoir anticipé : identifier les postes exposés, évaluer le risque (en intérieur comme en extérieur) et prévoir les mesures à déclencher. La chaleur rejoint ainsi la longue liste des risques que le DUERP doit cartographier — une raison de plus pour ne pas négliger sa mise à jour régulière.
Les mesures de prévention attendues
Le décret impose à l’employeur de mettre en œuvre les mesures de prévention adaptées afin de protéger les salariés des risques liés aux fortes chaleurs. Voici les grandes familles de mesures attendues :
- De l’eau fraîche potable, en quantité suffisante, et maintenue fraîche — particulièrement près des postes extérieurs.
- Une organisation du travail adaptée : aménagement des horaires (commencer plus tôt le matin), pauses supplémentaires, rotation des tâches, création de zones de repos, allègement des travaux physiques aux heures les plus chaudes.
- Une protection contre le rayonnement solaire et une limitation de l’accumulation de chaleur dans les locaux (pare-soleil, ventilation, brumisation…).
- Des procédures de secours claires : savoir identifier rapidement un malaise ou une situation de détresse et porter assistance, avec une attention particulière aux travailleurs isolés. C’est tout l’intérêt de disposer de Sauveteurs Secouristes du Travail formés en interne.
- L’information des salariés et du service de prévention et de santé au travail sur les mesures mises en place.
- L’adaptation des équipements de travail lorsque cela est nécessaire.
Une attention particulière doit être portée aux salariés particulièrement exposés ou présentant des facteurs de vulnérabilité, en lien avec le service de prévention et de santé au travail. À noter également : les jeunes de moins de 18 ans ne peuvent pas être affectés à des travaux les exposant à des températures extrêmes nuisibles à leur santé.
Le rôle du CSE et le droit de retrait
Le CSE a toute sa place dans la prévention du risque chaleur : information, remontées du terrain, propositions d’aménagement.
Côté droit de retrait, une précision utile pour éviter les malentendus : les fortes chaleurs ne permettent pas automatiquement de se retirer d’un poste. La situation s’apprécie au cas par cas, en tenant compte de l’intensité de la chaleur, de la nature du travail, de l’état de santé du salarié, de la durée d’exposition et des mesures de prévention déjà en place.
Que risque l’employeur en cas de manquement ?
En cas de manquement, l’inspection du travail peut mettre l’employeur en demeure de se mettre en conformité dans un délai encadré. Et surtout : l’absence de mesures face à un danger connu peut être retenue, en cas d’accident, parmi les éléments examinés pour apprécier l’existence d’une faute inexcusable de l’employeur. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement réglementaire : il est humain, et il engage votre responsabilité. Pour un panorama plus large, consultez notre check-list des obligations employeur en sécurité au travail.
Anticiper plutôt que subir : votre check-list « fortes chaleurs »
Le meilleur moment pour se préparer, c’est avant l’été. Quelques réflexes à mettre en place dès maintenant :
- ☐ Le risque chaleur est intégré au DUERP, avec un plan d’action.
- ☐ L’accès à l’eau fraîche est garanti sur tous les postes.
- ☐ Un plan « horaires décalés / pauses » est prêt à être déclenché.
- ☐ Les zones de repos et les protections solaires sont identifiées.
- ☐ Une procédure de secours existe, connue de tous, avec un point d’attention sur les travailleurs isolés.
- ☐ Les salariés sont informés et sensibilisés aux signaux d’alerte.
- ☐ Les managers savent identifier les premiers signes d’un coup de chaleur et connaissent la conduite à tenir.
⚠️ La réglementation sur la chaleur au travail est récente et peut faire l’objet de précisions. Pour les modalités exactes, appuyez-vous sur les sources officielles à jour (service-public, ministère du Travail, INRS, Légifrance).
On vous aide à être prêt
Intégrer le risque chaleur à votre Document Unique, former et sensibiliser vos équipes à repérer les premiers signes de malaise, structurer votre plan de prévention : c’est exactement notre métier. Audit Prévention vous accompagne pour mettre à jour votre Document Unique et réaliser un audit de votre politique santé-sécurité, au plus près de votre réalité de terrain dans les Alpes-Maritimes et le Var.
L’été approche et votre plan « fortes chaleurs » n’est pas prêt ? Parlons-en dès maintenant : mieux vaut anticiper une canicule que la subir.