Par Magali Badina, IPRP (Intervenante en Prévention des Risques Professionnels), Audit Prévention. Mis à jour en novembre 2026.
Les 6 facteurs de RPS en 30 secondes
Les risques psychosociaux (RPS) regroupent les atteintes à la santé mentale et physique liées au travail. Pour les évaluer, on s’appuie sur six grandes familles de facteurs :
- L’intensité et le temps de travail
- Les exigences émotionnelles
- Le manque d’autonomie
- Les rapports sociaux au travail dégradés
- Les conflits de valeurs
- L’insécurité de la situation de travail
À retenir : ces six familles servent de grille d’analyse. Elles sont issues du rapport Gollac (2011) et reprises par l’INRS pour structurer l’évaluation des RPS en entreprise.
Qu’appelle-t-on facteurs de risques psychosociaux ?
Un facteur de risque n’est pas un RPS déjà déclaré : c’est une caractéristique du travail qui, si elle dure, s’accumule ou est subie, peut dégrader la santé. On distingue donc le facteur (la cause possible, dans l’organisation) et le trouble (la conséquence, chez la personne : stress chronique, épuisement, mal-être).
La grille des six familles vient des travaux d’un collège d’experts réuni à la demande du ministère du Travail, le rapport Gollac. L’INRS l’a reprise pour aider les entreprises à repérer et évaluer les facteurs présents dans leurs situations de travail. Pour le cadrage complet, reportez-vous aux sources officielles en bas de page.
Facteur 1 : l’intensité et le temps de travail
Cette famille couvre la charge, le rythme et l’organisation du temps : objectifs flous ou irréalistes, délais serrés, interruptions permanentes, horaires atypiques ou imprévisibles, longues journées.
Exemples concrets : un objectif commercial intenable, des instructions contradictoires entre deux responsables, des plannings communiqués la veille.
Signaux d’alerte : heures supplémentaires qui s’installent, travail emporté chez soi, erreurs liées à la précipitation.
Facteur 2 : les exigences émotionnelles
Il s’agit de la nécessité de maîtriser ses émotions au travail : les cacher, les simuler, afficher une attitude positive en toutes circonstances. Les métiers en contact avec le public sont les plus concernés.
Exemples concrets : gérer un client agressif en gardant le sourire, accompagner des personnes en détresse, « faire bonne figure » malgré la tension.
Signaux d’alerte : fatigue émotionnelle, détachement, irritabilité après les contacts difficiles.
Facteur 3 : le manque d’autonomie
L’autonomie, c’est la possibilité d’être acteur de son travail : marges de manœuvre, participation aux décisions qui concernent son activité, usage et développement de ses compétences. Son absence est un facteur majeur, surtout combinée à de fortes exigences.
Exemples concrets : un poste entièrement scripté, aucune prise sur l’organisation de ses tâches, des compétences jamais mobilisées.
Signaux d’alerte : désengagement, sentiment d’être « une machine », perte d’initiative.
Facteur 4 : les rapports sociaux au travail dégradés
Cette famille concerne la qualité des relations : soutien des collègues et de la hiérarchie, reconnaissance, équité, clarté des perspectives et des évaluations. Un déséquilibre entre efforts fournis et reconnaissance reçue pèse lourdement.
Exemples concrets : absence de retour sur le travail accompli, traitement perçu comme injuste, management distant ou absent.
Signaux d’alerte : tensions répétées, isolement, montée des conflits entre collègues.
Facteur 5 : les conflits de valeurs
Le conflit de valeurs naît de l’écart entre ce que le travail exige et ce que la personne juge juste ou utile. Faire un travail qu’on estime inutile, ne pas pouvoir faire un travail de qualité dont on serait fier, promouvoir ce qu’on sait inefficace.
Exemples concrets : bâcler faute de temps, appliquer une consigne qu’on désapprouve, vendre ce qu’on ne recommanderait pas.
Signaux d’alerte : perte de sens, cynisme, démotivation profonde.
Facteur 6 : l’insécurité de la situation de travail
Elle recouvre l’insécurité socio-économique (peur de perdre son emploi, précarité, incertitude sur le salaire) et les changements non maîtrisés (restructurations, incertitude sur l’avenir du métier).
Exemples concrets : une réorganisation annoncée sans visibilité, des contrats courts à répétition, des rumeurs de plan social.
Signaux d’alerte : anxiété diffuse, rétention d’information, repli défensif.
Comment évaluer les RPS dans votre entreprise
Les indicateurs à suivre
Certains signaux collectifs alertent avant les cas individuels : hausse de l’absentéisme, turnover élevé, accidents, remontées du terrain, plaintes. Suivis dans la durée, ils dessinent une tendance.
La méthode d’évaluation collective
L’évaluation des RPS se fait collectivement, par unité de travail : questionnaires, entretiens, groupes de travail. L’objectif n’est pas de juger des personnes, mais d’identifier les situations de travail génératrices de risque.
L’intégration des RPS au document unique
Les facteurs de RPS identifiés doivent être intégrés à votre document unique d’évaluation des risques, avec un plan d’actions. C’est l’étape qui transforme le constat en prévention. Pour aller plus loin et outiller vos managers, découvrez notre formation risques psychosociaux.
Les erreurs à éviter dans l’évaluation des RPS
- Traiter les RPS comme un problème individuel → on « gère des personnes » au lieu de corriger l’organisation → raisonnez par situation de travail.
- Se limiter à un questionnaire → on mesure sans comprendre → croisez avec des entretiens et des groupes de travail.
- Ne pas associer les salariés → l’évaluation passe à côté du réel → impliquez ceux qui vivent le travail.
- Ne pas passer à l’action → un diagnostic sans plan ne protège personne → débouchez sur des mesures concrètes.
- Négliger les managers → ils sont à la fois exposés et leviers → formez-les au repérage.
Formez-vous à la prévention des RPS
Repérer les six facteurs, c’est une chose ; savoir agir en est une autre. Notre formation risques psychosociaux, animée par un IPRP et articulée à votre document unique, outille vos managers, vos élus de CSE et vos référents pour repérer les signaux faibles et construire un plan d’actions. Audit Prévention est un organisme certifié Qualiopi. Pensez au financement de votre formation (OPCO, et selon les dispositifs).
Sources officielles
La classification en six familles de facteurs est issue du rapport Gollac (2011), remis au ministère du Travail, et reprise par l’INRS. Pour le cadrage complet, consultez :
- INRS — Facteurs de risques psychosociaux
- ANACT — Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail
- service-public.fr
Contenu relu et validé par Magali Badina, IPRP.
FAQ
Quels sont les 6 facteurs de risques psychosociaux ?
Selon la grille issue du rapport Gollac, reprise par l’INRS, ce sont : l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie, les rapports sociaux au travail dégradés, les conflits de valeurs, et l’insécurité de la situation de travail.
D’où vient cette classification des RPS ?
Elle est issue du rapport du collège d’expertise présidé par Michel Gollac, remis en 2011 à la demande du ministère du Travail. L’INRS, la DARES et les juridictions s’y réfèrent pour structurer l’évaluation des risques psychosociaux.
Faut-il intégrer les RPS au document unique ?
Oui. Les facteurs de risques psychosociaux identifiés dans votre entreprise doivent figurer dans le document unique d’évaluation des risques, assortis d’un plan d’actions de prévention.
Comment repérer un facteur de RPS dans mon équipe ?
En observant des signaux faibles (fatigue, irritabilité, désengagement, isolement) et des indicateurs collectifs (absentéisme, turnover). Mais le repérage individuel ne suffit pas : l’évaluation se fait collectivement, par situation de travail.